Le système entier essaie de décourager les gens de compter sur le CPAS

Bonjour, je m’appelle Hélène, et j’ai eu le plaisir de parler avec des membres de votre association qui distribuaient des tracts à l’entrée du CPAS.

Je vais tenter de faire bref mais j’en ai beaucoup sur le coeur. J’espère ne pas sembler trop dramatique, mais si cela peut être un électrochoc pour certains…
Je suis au CPAS depuis mars 2018. J’ai eu peu de problème avec ces services jusqu’à dernièrement, en janvier, où ma précédente assistante sociale m’a menti avec un aplomb tel que j’ai tout simplement cru ce qu’elle me disait (soit que si mon ami S. dormait dans la chambre laissée libre par mon ex-colocataire, partie depuis un mois, il était considéré cohabitant d’office). Du pipeau.

Je vis dans un charmant appartement confortable disposant de deux chambres, pour une colocation agréable. Et à cause de cette femme, j’ai été considérée comme cohabitante de fait avec un ami sans domicile depuis plusieurs jours, qui s’efforce de ne pas rester plus de deux soirs chez la même personne, et à qui, pour une fois, j’ai permis de profiter du confort de la chambre plutôt que de le laisser dormir dans mon salon comme un animal de compagnie. Et encore, si j’avais un animal de compagnie, il serait probablement assez pourri-gâté pour dormir au pied de mon lit !

J’ai posé des réclamations, j’ai gueulé, j’ai contacté des supérieur(e)s et j’ai finalement obtenu gain de cause, au prix d’efforts qui auraient été parfaitement inutiles si mon ex assistance sociale avait pris la peine de poser une question, ou même de jeter un seul coup d’oeil. Elle n’a jamais passé le pas d’une seule porte à l’intérieur de mon appartement, jamais rien vérifié, et m’a pourri mon mois sur base de ses déductions.

Le 3 juillet, je contactai mon assistante sociale actuelle pour lui demander pourquoi je n’avais toujours pas touché mon RIS de ce mois. Elle m’a répondu rapidement que mon dossier n’était pas encore passé devant le comité, pour évaluation, et qu’elle allait faire une demande d’aide urgente. Ouf ! J’ai donc payé mon loyer en retard, mais au moins, je l’ai payé.

Sauf que. C’est exactement la même réponse que celle que j’avais reçue le mois dernier, quand j’ai demandé pourquoi je n’avais toujours pas touché le RIS de juin. Et qu’à ce moment-là, elle m’avait répondu que mon dossier “devrait être vu dans les deux semaines”. Un mois plus tard, mon dossier prend toujours la poussière.

A qui la faute?

Qui ment?

Qui est de bonne foi?

Qui donc réduit le nombre de travailleurs sociaux pour submerger de travail ceux qui subsistent ?

Cet espèce de sabotage, cet enchaînement de démonstrations d’incompétences, me donne réellement le sentiment que le système entier essaie de dissuader les gens de compter sur le CPAS et d’aller chercher des solutions ailleurs.

Freddy Bouchez photo 2

Comme si on avait le choix!
Comme si je trouvais confortable de terminer mon mois en négatif. Comme si j’appréciais de devoir supplier une personne pour avoir l’argent qui me permette de survivre! Comme si j’aimais ne pas pouvoir faire d’achats “non vitaux” par manque de moyens. Une nouvelle paire de basket ? Un resto ? Une tringle à rideaux et du tissu pour enfin mettre des rideaux dans ma chambre ? Bernique.

Je déteste cette situation. Je n’aime pas être dépendante. Je voudrais qu’on réponde positivement à mes demandes d’emploi. Je voudrais vraiment avoir au moins un entretien d’embauche. Je suis qualifiée, je suis motivée, j’ai envie de travailler. Je sais ce que je vaux, et je sais où je veux aller.

J’essaie. Tous les jours, j’essaie de ne pas me décourager. Mais c’est épuisant. C’est comme courir, partout, sans cesse, pour ne récolter que du vent. Parfois, ça donne envie de se foutre en l’air. Heureusement, moi, je ne suis pas seule, et j’ai aussi du soutien de mes proches et de mes ami(e)s. Mais les autres?

Ne pas avoir d’emploi, avoir peur de ne pas pouvoir acheter à manger, ne pas pouvoir payer son loyer, ne pas pouvoir sortir parce qu’on doit sauver ses moindres centimes, c’est déjà assez fatigant pour ne pas en plus avoir ce sentiment renforcé d’être négligeable.

Je ne vaux pas mieux qu’un(e) autre, mais ne suis pas un numéro dans une liste. Je suis une personne! Et quand on m’annonce d’un air décontracté qu’on a “oublié” de me virer le RIS qui me permet de survivre, je me sens comme ces gamins que leurs parents oublient de venir chercher à l’école, à la fin des cours : abandonnée.

Moi aussi j’aimerais arrêter de retenir mon souffle pour survivre, et enfin commencer à vivre, mais ce n’est pas en me privant de mes ressources vitales qu’on me verra progresser : on me verra juste mourir.

Merci de m’avoir lue

Hélène

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